Le langage des médias sociaux

Si les mots ont un sens… « binette » ou « smiley » ?

Pour Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Platon quant à lui affirme à son disciple Criton que « un langage impropre n’est pas seulement défectueux en soi, il fait du mal aux âmes » !

Or, le monde change vite, le numérique et ses usages créent de nouveaux lieux de culture avec leurs rites et leur langage. Dès lors, bien nommer les choses n’est pas si simple ! Les deux univers doivent cohabiter et se comprendre.

Au Canada, le Bureau de Normalisation terminologique, propose un « lexique des médias sociaux » notamment destiné aux personnes travaillant dans le domaine des communications et médias sociaux. Ce lexique doit permettre « …une terminologie uniforme, en français et en anglais, à l’ensemble de la fonction publique fédérale afin de faciliter la communication du gouvernement du Canada avec les citoyens canadiens… ». Il propose 300 entrées bilingues correspondant aux termes les plus utilisés sur les réseaux sociaux, complétées de définitions et de notes explicatives. 

Des termes numérique sympathiques…

La manière dont on nomme les choses influence notre mode de pensée et conditionne notre représentation du monde. Ainsi, chaque génération façonne son propre langage. Dans son ouvrage « Petite Poucette », Michel Serres explique que « depuis Richelieu, tous les 40 ans on publie à l’Académie française le dictionnaire de la langue française. La différence entre deux éditions portait sur environ 4 ou 5 mille mots. La différence entre la dernière et la prochaine sera d’environ 30.000 mots… ».

Dans ce dictionnaire, parmi ces milliers de nouveaux mots destinés à façonner notre représentation du monde, on trouvera peut-être quelques-uns des termes figurant dans le lexique canadien :

  • « binette » pour smiley
  • « clavarder » pour chatter
  • « balado » pour podcast
  • « gazouiller » pour tweeter
  • « mot-dièse » pour hashtag

Ayant eu l’honneur de présider la CSTIC pendant deux ans, je me réjouis de rappeler qu’en France, la Commission Spécialisée de Terminologie et de Néologie de l’Informatique propose dans ce domaine l’adoption de termes en français correspondant aux acceptions étrangères afin d’enrichir la langue française et d’encourager son usage.

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1  Jean-François PEPIN, Président de la CSTIC de 2010 à 2012

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