Le désengagement bénévole est-il une fatalité ?

Le désengagement bénévole, ou la difficulté à recruter des responsables bénévoles, est souvent considéré comme le « mal premier » de l’association loi 1901 ! Est-ce une fatalité ?

Quelques raisons pour esquiver l’engagement bénévole…

Le dirigeant associatif est, depuis longtemps, une espèce en voie de disparition ! Certes, malgré cette tendance à esquiver l’engagement bénévole, jusqu’à présent le secteur associatif a réussi à se maintenir 1.

Une des premières « bonnes » raisons évoquées par les candidats pressentis, pour décliner cette responsabilité, est le manque de temps. Or, avec l’accélération du temps numérique, les interactions plus ou moins contraintes entre vie privée et vie professionnelle, la gestion du temps du bénévole potentiel peut devenir un argument d’autant plus prégnant !

Autre facteur aggravant, la crise, ne serait-ce que parce qu’elle génère la morosité ambiante. Dans ce contexte, l’engagement bénévole peut se voir écarté des priorités individuelles.

Quelques questions pour démasquer la fatalité…

Tout bon manager s’est entendu dire qu’il pouvait/devait s’efforcer de transformer les risques en opportunités… Que l’on se rassure, le dirigeant associatif peut lui aussi, sans compromettre l’âme associative de son organisation, entreprendre cette transformation. Association rime toujours avec organisation

Si le temps est un des obstacles souvent évoqué, pourquoi ne pas supposer qu’il puisse être un « arbre qui cache la forêt » ? Dit autrement, pourquoi ne pas se demander si l’association, au-delà de l’intérêt évident que suscite son projet, est en elle-même suffisamment attractive pour donner envie de s’engager, d’y passer ce temps compté par ailleurs !

  • L’ambiance y est-elle suffisamment agréable, conviviale, ou bien est-ce le dernier endroit où l’on se permet les mauvaises humeurs que l’on s’interdit à la maison et au travail ?
  • L’organisation y est-elle collaborative ou bien est-ce le dernier bastion hérité de hiérarchies pyramidales où le « chef » a toujours raison ?
  • Le discours y est-il enthousiaste, imaginatif ou bien essentiellement récriminatoire, tourné contre les lamentables incompréhensions des uns et des autres (pouvoirs publics, financiers, partenaires, voire adhérents…) ?

Un projet associatif présentable…

Si la crise engendre la morosité qui peut inciter certains à se recentrer sur des priorités domestiques, elle peut aussi peut-être éveiller la solidarité, le besoin de se rendre utile, de contribuer à améliorer son environnement. Mais est-ce que le projet de l’association est présentable ? Pas en termes d’utilité. En ce sens, nul doute qu’il le soit. Mais en termes « cosmétique » :

  • Est-il rédigé de façon précise et synthétique, ou bien est-il aléatoire, bredouillé au gré et selon l’instinct de son porte-parole ?
  • Existe-t-il un support clair, attrayant, numériquement accessible, mis à la disposition de tous les bénévoles présents et futurs, ou bien s’en remet-on à la rumeur publique et/ou à l’évidence de l’intérêt public de l’association ?

Oui, mais le temps peut-il être extensible ?

Sincèrement, beaucoup le souhaiteraient ! Mais avant que ce ne soit le cas, si l’on ne veut pas voir s’éteindre la race des responsables bénévoles, le manager associatif peut affronter encore quelques questions pour optimiser la gestion du temps alloué au bénévolat :

  • Est-ce que l’on exploite bel et bien les ressources offertes par les technologies numériques pour l’organisation de l’association, ou est-ce que l’on a simplement ouvert « à contrecœur » un site institutionnel, en confiant la réalisation à un bénévole volontaire « agrégé de bonne volonté informatique » ?
  • Est-ce que l’on a fait un petit panel des technologies de partage d’information, gratuites et intuitives, disponibles simplement en ligne, ou est-ce que l’on reste ancré sur l’idée que tout cela est cher, réservé aux entreprises, ou aux génies de l’informatique ?
  • Est-ce que l’on a surfé sur l’appétence naturelle de chacun à découvrir et maitriser les outils informatiques en proposant des séances de découverte conviviales des outils de partages d’information, ou est-ce que l’on a définitivement entériné l’idée que les bénévoles étaient « trop vieux » pour s’y mettre, ou qu’ils allaient se plaindre de voir leurs messageries « envahies » ?

Espérons que ce « tableau » ne soit qu’une caricature pour beaucoup d’associations ! Du moins si l’on souhaite que le désengagement bénévole ne soit pas cette fatalité dont on entend souvent se plaindre…

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Note d’analyse du CAS « développer et accompagner le bénévolat » (sept. 2011)

3 réflexions au sujet de « Le désengagement bénévole est-il une fatalité ? »

  1. Très intéressant article. A ce propos, nous avons publié l’an dernier un guide « A la recherche de nouveaux bénévoles » qui donne quelques pistes.
    A votre disposition pour échanger, si vous le souhaitez.

    1. Merci Isabelle pour ce commentaire.
      Pour nos lecteurs:
      -1- Quelques infos sur votre guide: http://www.espacebenevolat.org/pics/img/cdp/Communiqu%C3%A9_Guide_RechercheNouveauxB%C3%A9n%C3%A9vo.pdf
      -2- Mais également l’émission « C dans l’air » du 7 déc 2012 (http://www.france5.fr/c-dans-l-air/societe/benevoles-un-metier-comme-un-autre-37738?video=reponse) sur le thème: Bénévoles : un métier comme un autre – à laquelle vous participez en qualité de Présidente de l’association Espace bénévolat (http://www.espacebenevolat.org/)
      Jean-François PEPIN

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