Culture numérique et engagement bénévole

L’engagement bénévole et le paradoxe de la culture numérique

Pourquoi s’engage-t-on dans le milieu associatif au sein d’une société numérique qui ouvre le monde en quelques clics, et en tous lieux avec nos smartphones ? Le lien social, les valeurs éthiques, la solidarité, restent les fondamentaux de l’engagement bénévole. Mais, de plus en plus, le besoin concret de « faire sens » dans cette société atomisée par les technologies, et celui de se soustraire à un sentiment latent d’urgence permanente… viennent désormais compléter les raisons données par les bénévoles à leur engagement.

Nul doute que les technologies rapprochent virtuellement les individus, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle. Les parents éloignés restent en contact avec leur famille via le mail, la téléphonie internet, les réseaux sociaux, le partage « en nuage » de photos, vidéos… Les collaborateurs échangent facilement avec leurs collègues, avec les mêmes outils, d’où qu’ils soient : chez eux, en déplacement, en clientèle… Pour autant, l’instinct grégaire de la nature humaine nous rappelle que les liens, les échanges « vivants » leur restent indispensables ! 

Au-delà de cet aspect intrinsèque à la nature humaine, la culture numérique prend place en entreprise et dans la vie quotidienne.  Encore concrètement peu identifiée, indéfinie, elle n’est pas inscrite dans le patrimoine fonctionnel de l’homme. A part quelques addictions comme celles aux téléphones portables révélées par cette étude, nous n’avons pas encore de réflexes induits, de stéréotypes ancrés dans nos comportements culturels.

Les projets associatifs qui font sens à l’ère numérique

Que ce soit en réponse aux difficultés soulevées par la crise ou pour nuancer les effets virtuels liés au numérique, l’engagement bénévole se revendique de plus en plus significativement pour agir concrètement sur un environnement proche, pour réaliser des projets collectifs destinés à améliorer la vie sociétale.

Le sentiment d’être utile

Le bénévole aspire à s’engager pour des projets capables de lui apporter la jubilatoire sensation d’être « utile » ! Ce besoin d’être utile, revendiqué par l’engagement associatif, est d’autant plus prégnant qu’il est un des éléments communs à ce qui émane de la culture numérique. Cette notion d’utilité est également repérée comme l’un des facteurs d’intérêt professionnel, notamment par la « Génération Y » et la Cyber-génération entrante !

Mais attention, « être utile » ne procure pas systématiquement le « sentiment d’être utile »… or c’est bien ce sentiment qui est revendiqué. Le besoin d’être utile s’inscrit dans le niveau 5 « accomplissement personnel » des besoins fondamentaux de la pyramide de Maslow. Il revient donc aux dirigeants associatifs (comme aux dirigeants d’entreprises) de savoir cultiver et valoriser ce sentiment d’utilité !

Le sentiment de plaisir

Autre besoin, exprimé par la Génération Y comme par les bénévoles dans leurs choix d’engagement, celui de plaisir. Est-ce un hasard ? Cette notion se dégage aussi des marqueurs de la Culture numérique ! On voit par exemple croître l’intérêt pour les serious games en entreprise, façon ludique et pédagogique de mobiliser le salarié sur des sujets importants comme la formation, la sécurité, la communication…

Les ressorts de l’engagement en 2013

Selon l’étude « La France Bénévole », réalisée en mai 2013 par France Bénévolat et Recherches & Solidarités : « le passage à l’acte d’engagement tient pour 39% au besoin d’activités, répond à une sollicitation faite par des amis pour 32%. La tradition familiale y est également pour 20% ».

L’étude révèle que « …ces motivations, que les sociologues nomment ressorts d’engagement, varient assez fortement selon le secteur dans lequel on agit » :

  • Le souhait d’être utile à la société : 71% en moyenne, (variant de plus de 80% dans le secteur social et l’éducation populaire, à 60% environ dans les loisirs et le sport) ;
  • L’épanouissement personnel : 49% en moyenne (plus fréquent dans le sport et les loisirs, et surtout dans la culture) ;
  • Le souhait d’appartenir à une équipe : 35% en moyenne (46% dans le sport ou chez les parents d’élèves, 29% dans le secteur social) ;
  • La cause défendue : 34% en moyenne (variant du simple au double entre les loisirs et le secteur social, l’environnement ou encore la solidarité internationale) ;
  • L’acquisition d’une compétence : 19% des bénévoles (beaucoup plus dans le secteur de la santé (35%) et chez les plus jeunes) ;
  • Le désir d’exercer une responsabilité : 22% en moyenne (davantage dans le sport (29%) mais moins chez les 25-55 ans, pour des raisons de disponibilité).

L’humain bénévole est-il notoirement différent de l’humain au travail ?

Si l’entreprise doit prendre conscience de cette culture1, adapter son management, ses modèles d’affaires, comme le préconise l’ouvrage du CIGREF « Entreprises & Culture Numérique »2, l’association ne va-t-elle pas devoir elle aussi intégrer la culture numérique comme « source de création de valeur » au bénéfice de l’engagement associatif ?

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1 Culture : au sens donné par l’anthropologue Tylor en 1871 : « Ce tout complexe qui comprend le savoir, la croyance, l’art, la morale, le droit, les coutumes, et toutes les autres capacités et habitudes acquises par un homme comme membre d’une société »
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